vendredi 3 août 2012

Sérendipité et innovation

D'un point de vue individuel, la création apparaît comme une nécessité esthétique anthropologique, une pulsion personnelle qui nous conduit à inventer sans cesse, à chercher à découvrir, à résoudre les problèmes au quotidien. La création est donc une condition du développement personnel de chacun. D'un point de vue collectif, la création répond au crises structurelles du milieu socio-technique objectif dans lequel nous nous trouvons.
Si la balance penche en faveur de l'individu, on sera amené à défendre la thèse de la liberté de la création. Les individus sont capables de transformer la société selon des orientations possibles différentes, soit en fonction des aléas soit en fonction de leurs décisions. Ainsi, le créateur possède une responsabilité dans l'histoire du développement technique et social de la société. Mais si la balance penche en faveur de l'influence du contexte social plutôt que celle de l'individu, nous aurons à défendre une thèse déterministe de l'évolution, où le système lui-même, en fonction de son état, sécrète à travers les individus les inventions nécessaires à son développement. La création individuelle sera dès lors réduite à l'éclosion inéluctable d'une idée conformément à la situation du système socio-technique dans lequel il se trouve.
La sérendipité désigne en quelques mots la découverte fortuite. Cette notion souligne le rôle du hasard et de la créativité individuelle dans l'invention et la recherche. Elle corrobore la conception contingente de l'évolution de la création. Or un nombre infime d'inventions s'inscrivent dans la société durablement en tant qu'innovations, comme si la structure technique et sociale créait un filtre sélectif. Si la structure détermine ainsi le cours des choses, on peut s'imaginer une logique du progrès, inhérente à l'ensemble de la société, qui expliquerait, par exemple, des découvertes simultanées à certaines époques. Dans ce cas, il faudrait remettre en cause la dimension libre des découvertes et des inventions. Comment serait-il possible de modifier librement nos modèles techniques et sociaux, si ceux-ci évoluent en fonction de leurs propres lois organiques ? Quelles sont les possibilités réelles d'invention face à l'épuisement et aux crises des modèles techniques et sociaux actuels (pollution, chômage, etc.)?
Nous analyserons le processus créatif sous l'angle d'abord individuel de l'invention, notamment grâce au concept de sérendipité désignant l'invention d'hypothèses à partir d'observations inattendues. Il s'agit de déterminer le rôle du hasard et de la liberté dans la création. Puis nous tenterons de comprendre l'émergence de l'innovation dans le champ social et les mécanismes de filtrage et de sélection des inventions qui échouent en terme de diffusion sociale. Ceci nous conduira à dégager une zone intermédiaire collective, à mi-chemin entre l'invention interne, libre et individuelle, et le développement externe des innovations déterminées par la structure. L'éclairage de cette zone, externaliste, collective mais non déterministe, nous permettra de valoriser la dimension politique de la création.


I. L'invention individuelle

Lorsque nous parlons d'invention, de création, il nous faut prendre en compte le surgissement spontané et ex nihilo de la nouveauté. La liberté elle-même serait impensable sans la possibilité de commencer une série par soi. La problématique qui apparaît est la même que celle du hasard. Si ce dernier existe ontologiquement, il faudrait penser une sorte de vide, de désordre, de déviation et d'aléatoire dans l'être, comme on le fait depuis Epicure jusqu'à la mécanique quantique. Mais si le hasard est de nature épistémique, alors il ne serait qu'une apparence liée à notre finitude intellectuelle et notre incapacité à saisir tous les déterminismes, comme on l'affirme depuis les stoïciens jusqu'à Einstein, pour qui Dieu ne joue pas aux dés.
Or, ce que nous appelons sérendipité, c'est-à-dire schématiquement la découverte fortuite, suppose en premier lieu un phénomène inattendu. Celui-ci frappe par son anormalité, comme la trajectoire surprenante d'un astre, celle d'Uranus par exemple, constatée par Le Verrier au XIXe, et qui l'amena à découvrir l'influence gravitationnelle et l'existence de Neptune. On peut citer encore l'exemple de Percy spencer après la seconde guerre mondiale qui, surpris par le chocolat fondu dans sa poche près de son radar, le Magnetron, découvrit après ce qui devint le four à micro onde . Aujourd'hui, la sérendipité est un terme utilisé par quelques internautes pour désigner les données imprévisibles que délivrent les moteurs de recherche. Dans le domaine symbolique de la communication, on peut évoquer l'écriture automatique, le cadavre exquis, les contraintes oulipiennes comme ferments de la sérendipité. En philosophie et en poésie, en particulier chez Heidegger et Mallarmé, on peut considérer le recours à l'étymologie, souvent surprenante par rapport à nos habitudes linguistiques, comme un stimulant intellectuel. L'ouvrage de Daniel Bourcier et Peck van Andel, De la sérendipité, paru en 2009 regorge d'exemples et d'anecdotes sur les découvertes fortuites de la pénicilline, de la superglue, du stéthoscope, du velcro, du post-it, du viagra, de l'imprimerie, de l'Amérique, etc. si bien que l'on en vient à se demander quelle découverte ne put être faite sans l'aide du hasard heureux.
Pour ce qui est de l'histoire du terme, celui-ci désigne l'ancien nom du Sri Lanka, l'île de Sérendip, et se rapporte à une série d'emprunts littéraires qui va de la tradition indo-persane médiévale et jusqu'à Voltaire dans Zadig. Dans le conte, Les trois princes de Sérendip, du Chevalier de Mailly en 1719, inspiré par Les pérégrinations des trois fils du roi de Sérendip d'Amir Khusrau, poète persan du XIVe il est question d'invention d'hypothèses à partir d'indices, anticipant les romans policiers d'Edgar Poe, Conan Doyle et Agatha Christie. Par exemple, le chemin brouté d'un côté indique que le chameau qui passa fut borgne ; les pas inégaux laissent penser qu'il boitât etc. Zadig, lui, infère qu'une chienne qui boite est passée en raison des traces de pas sur le sable et des sillons tracés par ses mamelles. Le zoologue Cuvier fait référence à Zadig pour valoriser ce qu'il appelle la "prophétie rétrospective" qui permet de caractériser un animal grâce à ses empreintes. Le substantif "sérendipity" sera utilisé la première fois à Londres par le collectionneur Horace Walpole en 1754.
"La science est fille de l'étonnement" affirmait Aristote. Mais cet étonnement, face à un événement inattendu, suppose qu'on soit capable de l'apercevoir, qu'on y soit sensible, qu'on ne passe pas à côté. Ainsi, la sérendipité réclame-t-elle, en plus du hasard, l'attention sans laquelle ce hasard passerait inaperçu. L'étonnement requiert donc un état de veille, de recherche, une vigilance de chaque instant à ce qu'il y a de plus fugace. Cela revient à se mettre à l'écoute de ce qui arrive plutôt que de suivre obstinément un chemin tout tracé. Il faut laisser venir les choses, rester en posture d'accueil, comme on l'enseigne dans les pratiques de l'improvisation. Pour prendre une image plus terre à terre, lorsqu'un médecin vous examine pour une bronchite, il doit être capable de déceler un cancer à l'occasion. Il laisse donc un horizon ouvert, se laisse surprendre par une anomalie sur la radiographie. Nous connaissons cet état de vigilance lorsque nous arrivons sur un site pour mettre en place la participation citoyenne au projet urbain. On observe tout et l'on remarque ici le manège des habitants autour des encombrants et là le ballet quotidien du service de la ville. De là sont nées les idées d'un "magasin à prendre ou à laisser" ou d'un café ambulant dans le quartier dans l'association Oup. Michel Courajou, dans une conférence au pavillon de l'arsenal à Paris, insiste sur l'importance de l'observation des usages de habitants dans son travail de paysagiste, afin de s'en inspirer et de ne pas les détruire.
C'est aussi hors du travail, sur notre temps de loisir, que les idées surgissent, comme si elle attendaient que nous soyons un peu assoupis pour s'imposer, à la façon des rêves. En bref, c'est sur le sol, dans les recoins, que se cache l'indice crucial qui confondra aux yeux de l'enquêteur le mystérieux assassin. C'est sur le bord d'une route, perdu dans l'herbe, qu'il est dissimulé. La solution d'un problème exige donc un détour (comme en font les rats de laboratoire dans les labyrinthes). Ce qui est caché, l'est bien souvent en fonction de nos habitudes. C'est pourquoi, paradoxalement, la lettre volée d'Edgard Poe est d'autant mieux cachée qu'elle est en évidence, car nous avons pris finalement l'habitude de fouiller les coins sombres et de contourner ce qui est en pleine lumière quand nous cherchons quelque chose.
La sérendipité suppose donc le hasard, l'attention au hasard et enfin l'abduction, c'est-à-dire la capacité à former une hypothèse à partir de l'observation. Si par exemple vous entrez dans une cuisine et que vous voyez un verre de vin près d'une bouteille de vin ouverte, vous supposerez que ce vin doit provenir de cette bouteille. Dans ce cas, vous imaginez un fait dans le passé qui peut expliquer l'état de fait présent. Évidemment, il ne s'agit pas d'inventer n'importe quoi mais l'hypothèse la plus plausible, même si elle peut surprendre. Fleming, l'inventeur de la pénicilline, écrit en 1944, dans le Bulletin britannique de médecine qu'il fut étonné en 1928 de voir que la moisissure détruisait les staphylocoques. La meilleur hypothèse pour un chercheur peut encore paraître déraisonnable pour ses collègues. L'histoire de la relativité ou de la mécanique quantique, et même celle du géocentrisme, montrent l'incrédulité persistante de la communauté scientifique face aux découvertes d'avant garde qui se sont néanmoins imposées à l'esprit de leur inventeur. Car les analogies d'où proviennent les hypothèses peuvent être à première vu incongrues, comme le rapprochement entre la pomme et la lune chez Newton lorsqu'il découvrit la gravité.
L'hypothèse en question surgit brutalement, à travers une illumination, même si elle a nécessité, la plupart du temps, des années d'incubation et de travail. L'hypothèse qui apparaît, que l'on nomme abduction avec Peirce depuis 1866, n'est pas nécessairement explicative. Elle peut être aussi prescriptive. On devine simultanément la cause d'un phénomène (par exemple le fait que la lune agit sur la marée, ce que comprirent tôt les navigateurs, en particulier les babyloniens dès 4000 avant JC) et les moyens d'agir (puisque la connaissance des marées évite de s'échouer sur les côtes). Les explorateurs du XVIIIe ont découvert comment dans certaines régions d'Afrique et d'Asie on utilisait la technique de l'inoculation du pus des vésicules des malades de la variole pour vacciner la population. Ici la technique précède les connaissances exactes d'un Pasteur, mais la symétrie entre expliquer et prescrire propre à l'abduction est bien visible. On pourrait également citer la découverte de l'asepsie par Semmelweiss, qui finit par saisir les causes du décès des femmes enceintes, contaminées par les chirurgiens revenant de la morgue, et le moyen de lutter contre ces décès en imposant la toilette de leur main aux médecins. Le fait que l'abduction ne soit pas uniquement explicative mais aussi prescriptive est important pour comprendre la sérendipité en Art. On rapporte que Kandinsky découvrit l'art abstrait en retrouvant l'une de ses toile accrochée à l'envers ; que Arp, en voyant par terre l'assemblage de papiers déchirés par colère, eu l'idée de ses collages ; que Schaeffer inventa la musique concrète en entendant une cloche privée de son attaque en studio, que Melies découvert le trucage au cinéma en raccordant de la pellicule déchirée, etc. Les hypothèses seront retenues par les artistes dans la mesure où elles ont un destin possible, offrent un fort potentiel pratique, et ouvrent de nouveaux continents. A vrai dire, des inventions, il y en a sans cesse. Mais la sélection est rude et peu subsistent ou même deviennent des révolutions planétaires.
Peut-on parler de liberté de création alors que tout ne semble être découvert que par d'heureux concours de circonstance ? C'est que la liberté c'est justement la capacité de transformer le hasard en occasion, de l'utiliser correctement pour l'insérer dans les chaînes du déterminisme. Lorsque Sartre dit que l'existence précède l'essence, il parle en même temps de notre condamnation à la liberté. C'est-à-dire que nous sommes tenus de faire le meilleur avec ce qui arrive, dans la mesure où n'importe quel détail peut avoir des conséquences gigantesques. L'individu ne doit pas se déresponsabiliser, comme s'il n'était que l'agent d'un plan préétabli, mais doit prendre conscience de sa capacité à orienter les faits les plus minimes avec parfois les conséquences les plus lourdes. Voilà qui fait de la liberté créatrice, non seulement un pouvoir, mais aussi un devoir, puisqu'il tient à chacun de nous faire arriver ou échouer telle procédure économique, scientifique ou politique. Cette position contredit les grands récits eschatologiques religieux ou scientistes qui nous condamneraient à entrer tête baissée dans le train de l'histoire. Si nous sommes condamnés à quelque chose, c'est à faire l'histoire et non la subir. Ainsi, il n'y a plus de découvreur, de révélateur ou de prophète de vérités en attente, mais bien des inventeurs et des créateurs à l'origine de révolutions et de bifurcations imprévues. Plutôt que les marionnettes martyrisées du destin historique, nous sommes des acteurs responsables face à d'autres acteurs aux intérêts divergents et luttons pour l'harmonie des intérêts sans transiger sur le bien général. Cette prise de conscience nous invite à réfléchir à la façon dont des changement microscopiques, comme de petites révoltes, entraînent des révolutions macroscopiques. La question est surtout de savoir ce qui fait que la société, à un certain moment, décide que telle découverte est bien scientifique, ou bien artistique, ou bien encore morale, alors que cela avait pu être impensable jusque là. Autrement dit, qu'est-ce qui fait que l'on va retenir à telle époque telle ou telle abduction contre une autre ? Certes cette position peut laisser place au relativisme et au scepticisme et faire du vrai, du beau et du bien n'importe quoi pourvu qu'une société les reconnaissent comme tels. Mais ce risque, il faut le courir, le modérer avec un pragmatisme global (et non purement économique) en fonction des effets concluants pour tous.
La sérendipité repose donc sur le hasard, l'audace, la liberté, l'inattendu. Faut-il en conclure qu'elle exclut toute méthode et qu'elle doit se rapporter à un anarchisme épistémologique à la Feyerabend pour qui tout est bon dans les sciences ? Il ne serait pas vain de tâcher de comprendre, non pas tant la méthode, sans quoi nous devrions parvenir à des machines à inventer, mais au moins la rhétorique de l'invention, la rhétorique n'étant pas encore la poésie. L'invention d'une hypothèse fonctionne par trope, c'est-à-dire déplacement, transfert, distorsion, détour, différence. La figure de style est proche de l'erreur. C'est une erreur simulée. Le bon mot, la métaphore heureuse sont des lapsus généralement volontaires mais parfois avec un fond de hasard. La figure de l'invention est l'analogie. Ainsi part-on du principe que la nature est mathématique ou mécanique (chez Galilée et Descartes) ou encore qu'une machine peut parler comme pour Turing. Ceci nous révèle la nature poétique de l'invention, qui commence par une sorte de jeu : faire comme si. Sans le jeu nous serions encore à l'âge de pierre. C'est sans doute pourquoi Montaigne disait que le jeu est l'activité la plus sérieuse des enfants.
Parmi les erreurs heureuses, parlons du contresens. Comprendre un auteur de travers, faire des rapprochement incongrus avec un autre, peut être très fécond. Personnellement, je dois beaucoup à tous les livres que je n'ai pas bien compris, car ils m'ont fait réfléchir et imaginer ce que je devais comprendre. Ou alors, il m'a semblé comprendre un auteur en en lisant un autre, sans savoir si j'avais le droit de rapprocher ainsi les deux auteurs. Tout cela est fondamental. On peut effectivement enseigner la rigueur, l'art de se couler dans la pensée d'un autre, mais il ne faut pas dénigrer l'attention flottante, la distraction et la rêverie qui nous portent à penser à notre tour sur le bruit de fond de la parole d'un autre.
A partir de là, il faut reconnaître que beaucoup d'inventions naissent à partir de cocktails indigestes : Darwin marie l'histoire naturelle avec Malthus ; Marx malaxe Hegel, Smith, Ricardo ; Freud la biologie, l'économie et la thermodynamique ; Sartre l'existentialisme et le marxisme. Ce travail, ou plutôt ce jeu, que l'on peut faire avec les livres, on peut le faire tout simplement avec des images, par analogie, de manière bêtement métaphorique. Par exemple, Maxwel transfert la notion d'onde de l'eau à la lumière ; Levi Strauss transfère la notion de structure de la linguistique à l'anthropologie. On parle alors de nomadisme conceptuel. Tous ces mélanges peuvent échouer mais aussi bien réussir, comme une mayonnaise. Et cette réussite pourra continuer son chemin jusqu'à devenir une innovation. On voit que la création n'est pas tout à fait ex nihilo. Ce qui est inédit c'est la combinaison.
Les modifications apportées à l'existant peuvent être initiés par les usagers qui ne vont pas nécessairement dans le sens souhaité par les acteurs de l'offre. Madeleine Akrich (in Sociologie de la traduction) propose la typologie suivante des modes d'intervention des utilisateurs : le déplacement (utiliser un sèche cheveux comme soufflet), l'adaptation ou exaptation (les usagers s'approprient les choses à leur manière, comme faire d'un vase Ikéa un grand verre aux États-Unis), l'extension (rajouter un filet à une poussette), le détournement (faire d'un bidon un instrument). Il s'agit à chaque fois d'opérer une distorsion dans la structure et de bousculer son invariance, sa constance, sa répétition. De marginale, cette modification finit par redéfinir la règle. Ces tropes sont bien souvent le fait des usagers qui adaptent les objets à leur contexte. L'exemple de l'invention de l'Omnibus en 1825 est intéressant. Stanislas Baudy crée des bains douches à Richebourg, dans les faubourgs de Nantes, en 1825. Comme aucun client ne se présente, il met à la disposition des nantais un moyen de transport, une navette avec une voiture à cheval. Le succès est immédiat mais inattendu. Les voitures sont pleines mais les bains-douches restent vides. Les Nantais ont besoin de mobilité et non de se laver. Pascal avait déjà inventé le concept de transport public urbain en 1665 à Paris, mais cela n'avait pas fonctionné pour diverses raisons socio-politiques (Georges Amar in La Sérendipité).
Ce genre d'adaptation par les usagers est nécessaire pour favoriser la pénétration des inventions qui se répandent du local vers le global. Au tout début, les automobiles étaient des jouets pour une poignée de riches, les portables un outil professionnel, les télécommandes des prothèses pour les personnes à mobilité restreinte. On peut certes faire une histoire "naturelle" des techniques, mais selon un évolutionnisme non déterministe. Le hasard offre des opportunités qui représentent des solutions pour résoudre les dysfonctions d'une structure et éviter sa destruction. Cette vision est encore simplificatrice, car il faut encore tenir compte des évolutions négatives, comme celle par exemple montrée par le film Le cauchemar de Darwin, comme les effets induits par l'automobile, l'irrigation, l'air conditionné etc. Cependant, certaines innovations sont elles-mêmes dues aux effets induits lorsqu'ils sont positifs. Prenons par exemple Le Viagra qui était contre l'angine, le Micro-onde qui était un radar, internet qui servait d'abord à l'armée à décentraliser l'information.
Avant d'étudier la transition entre l'invention individuelle et l'innovation collective, il nous faut faire une remarque importante sur le statut des inventeurs dans notre culture et l'usage de la sérendipité dans l'histoire. Tout d'abord, pour des raisons pédagogiques et hagiographiques, on tend à faire des inventeurs des héros, des figures mythiques et à réduire leurs longs travaux à une fable, à romancer leurs actes de manière rétrospective. Bien des récits de sérendipité relèvent du story-telling et son trop parfaits pour être exacts. On peut penser à la fameuse pomme de Newton qui lui fit découvrir la gravité, à l'association de la chevalière et du pressoir à vin par Guttenberg. Ce dernier n'a fait en réalité qu'améliorer une invention déjà existante. L'invention de la presse à caractère mobile en bois est due à Bi Sheng, un homme du peuple chinois du XIe siècle. Une histoire complexe et pleine de rebondissements d'inventeur se résume souvent à une petite histoire merveilleuse, un conte de fée hollywoodien. Parfois la sérendipité, au lieu d'être romancée, est cachée, dans la mesure où elle dissimule le travail et le mérite. Il est évident que "le hasard ne favorise que des esprits préparés", comme l'affirmait Pasteur, qu'"il ne parle pas aux sots", comme l'affirmait Balzac, et que de nombreuses dispositions et beaucoup de métier président à la découverte, comme le remarquait Nietzsche, pour qui le génie est un leurre dissimulant le long travail de l'artiste. La question de la création conduit à celle de l'auteur, à sa reconnaissance sociale et juridique, à sa dimension symbolique, avec tous les enjeux culturels et identitaires que cela comporte. Non seulement, l'innovation dépend de stratégies pour s'imposer mais il faut des luttes tactiques pour entrer dans l'histoire. Les découvreurs se disputent le succès, protègent leurs droits, et surtout s'attribuent les découvertes au détriment des techniciens, des petites mains, des anonymes ou des sociétés traditionnelles. Les scientifiques propagent une vision déformée par intérêt corporatiste et se préoccupent peu de rigueur historique. Le résultat est désastreux parfois sur les historiens eux-mêmes : pour Carlyle, "l'histoire du monde n'est rien d'autre que la biographie des grands hommes". Le découvreur est généralement un homme blanc et riche, ou encore une grande marque, et les autres ne peuvent former qu'une foule d'arrière-garde derrière cette figure souveraine. Le problème est comparable à celui du commerce équitable. Une recherche équitable devrait rendre à chacun son dû, comme le fait C. Conner dans son Histoire populaire des sciences. Nous traiterons de cette histoire collective effacée par le nom des grands hommes (en général caucasiens et fortunés). Mais avant cela, penchons-nous sur le passage de l'invention individuelle à l'innovation socio-technique.


II. L'innovation socio-technique

Comment l'invention devient-elle innovation ? Comment une découverte locale parvient-elle à se diffuser dans la société, à se commercialiser, à transformer les usages ? On peut aisément affirmer qu'un taux très faible d'inventions deviennent des innovations. Après les filtres de l'attention et de l'abduction, qui ont permis de créer à partir du hasard, il faut encore franchir des barrières socio-techniques. Celle-ci sont déjà présentes au niveau individuel, dans les présupposés, les opinions, les outils conceptuels qui forment ce que Bachelard appelle des obstacles épistémologiques. Puis le contexte technique doit être adapté à la nouveauté. L'automobile, par exemple, ne se développe que si l'on maîtrise la production du pétrole et des routes. Il y encore des obstacles économiques, politiques, moraux etc. Lorsque une invention parvient à se développer, elle doit en plus se maintenir. Elle risque d'être détrôné par d'autres innovations (comme le minitel par internet). Il faut songer en outre au contexte culturel, à l'enseignement qui favorise l'invention, ou l'éducation qui permet l'adaptation à de nouveaux usages (utiliser une brosse à dent, une cocotte minute, un ordinateur etc). Il faut donc une conjonction de l'invention et du milieu. En 1978, le post-it fut un échec commercial, alors que quelques années plus tard il devint un succès.
Les sociétés possèdent une certaine force d'inertie et de conservation, et les paradigmes dominants sont difficiles à bousculer. Les habitudes, l'hostilité aux innovations restent fortes et l'on remarquera qu'il a fallu faire des efforts, compter sur l'envie de rupture des jeunes, pour imposer par exemple le tracteur dans les campagnes et que les agriculteurs plus âgés ne se sont pas jetés dessus. Graham Bell et son téléphone ou Thomas Edison et son phonographe ont eu du mal à convaincre la société de l'utilité leurs appareils au départ et il fallut beaucoup d'argent et de publicité pour que ces inventions prennent leur envol. Pasteur et Edison sont tout autant des entrepreneurs que des inventeurs. Bien sûr nos sociétés finissent par intégrer les inventions, soit sous l'effet des efforts de diffusions soit par une mutation graduelle liée à l'évolution de nombreux éléments du tissu social. En fait, une innovation ne commence pas tout à fait de manière microscopique et se diffuse rarement spontanément. Il faut un certain soutient économique, des associés, des partenaires, des investisseurs, des communicants. Sur ce point, la mode est un levier important. Le modèle de diffusion d'une innovation ressemble quelque peu à la carrière d'un artiste. Pour les produits, la consommation ostentatoire par les modèles sociaux, les célébrités et les stars, motive les foules qui veulent leur ressembler et favorise la pénétration des produits. On peut se référer ici à la façon dont la cigarette a été promue, en particulier auprès des femmes. Quand ce n'est pas la société qui cherche à imiter les plus favorisés (prenons l'exemple de la marque Lacoste en banlieue), ce sont les inventions populaires (comme le jazz, le rock ou le rap) qui finissent en produit de consommation de masse. L'innovation suppose donc l'appropriation par les usagers, comme aujourd'hui l'automobile, le téléphone, l'e-mail, la carte bancaire, qui sont devenus des nécessités. Il serait d'ailleurs faux de croire que ces inventions furent acceptées facilement. Il faut un certain temps avant de séduire les investisseurs et le public. La résistance persiste dans l'opinion, pour le nucléaire, les ogm, etc. David Nye dans Technologie et innovation cite des exemples célèbres de résistance à l'innovation : le rejet des armes à feu des japonais entre le XVI et le XVIII e, les modes de vie Mennonite et Amish, ou encore le refus Maya et Aztèque d'utiliser la roue à des fins pratiques pour des raisons religieuses. Il y a donc des conflits entre forces progressistes et conservatrices à chaque innovation. C'est qu'on ne peut ignorer l'incidence sociale des innovations techniques. Le cas de l'émancipation des femmes, s'il n'en découle pas uniquement, doit beaucoup à l'invention du vélo, de l'école, des instruments ménagers, de la pilule, etc. Comme une goutte de citron dans le lait, les innovations peuvent modifier tout un ensemble. En tout cas, les innovations ne peuvent être perçues simplement comme des fatalités qui arrivent au société mais elles sont le produit des volontés et des tensions entre les groupes, des attentes et des craintes de la société.
L'innovation se répand de manière virale, épidémique, à partir d'un épicentre, comme la télécommande au départ réservée aux personnes handicapées et qui finit par se généraliser. La démocratisation des produits (l'auto, l'ordinateur) n'est pas seulement due à un désir philanthropique mais à des opportunités commerciales liées à la productivité industrielle. La Ford T bon marché ne fut pas un cadeau fait aux ouvriers, mais une manière d'écouler une production abondante auprès des producteurs eux-mêmes. Dans certains cas, la thèse libérale, selon laquelle la poursuite de l'intérêt personnelle profite à tous semble se vérifier, mais dans bien des cas cette thèse laisse de côté les effets induits ou à long terme, la fracture numérique induite par internet par exemple, les effets environnementaux de l'auto, etc. D'après Schumpeter, le capitalisme suppose l'innovation endogène (cumulative, quand le livre cohabite avec l'écran, ou destructrice, quand internet efface le minitel). Une autre source exogène d'innovation est la révolution née de problèmes techniques ou de conflits sociaux. On peut se demander si le conflit n'est pas le moteur de l'innovation. Le plus apparent est le conflit armé qui dynamise la production et l'innovation. Mais les conflits économiques et les rapports de concurrence sont également importants. Il y a sans doute des innovations qui naissent de démarchent purement solidaire. Mais on doit aussi considérer tous les préjugés qui président aux entreprises de développement d'un milieu tiers (infrastructure coloniale, politiques sociales, démocratisation par la guerre version américaine, etc.).
Il semble également que plus les sociétés se développent, plus les crises systémiques sont menaçants et elles appellent des solutions (crises environnementales, politiques, financières, climatiques, etc). Cela signifie qu'au fond nos sociétés rêvent d'autant plus de sécurité qu'elle créent de nouveaux risques. La technique est à la fois le problème et la solution. Les risques technologiques (pollution, accidents) sont depuis longtemps, depuis l'explosion des premières locomotives ou des premiers téléviseurs, présentés comme représentant un mal nécessaire dans la marche de l'histoire technique. C'est le prix à payer pour parvenir à une société parfaite, libérée par la technique. Cette vision entraîne la fuite en avant technologique. A chaque problème technique, la réponse est une nouvelle technique, au lieu de chercher des solutions sociales (c'est ce qui oppose le durable, qui veut l'innovation énergétique, à la décroissance, qui veut un changement de comportement et de modèle économique). L'idéologie du progrès se coule dans le moule dialectique du dépassement vers une résolution plus haute, qui fonctionne comme une formule magique.
En réalité, il faut être attentif aux rapports de force, au lieu de les minimiser comme des simples accidents de l'évolution. Les luttes n'ont pas d'issues pré-determinées, même si les rapports de force sont assez inégaux. Ce qui est préoccupant, c'est que la recherche et le développement laissent de moins en moins de place au hasard. Une découverte comme le boson de Higgs dépend du Cern qui est une énorme structure humaine et mécanique. Les impératifs industriels du nucléaires ou pétroliers exercent une puissante paralysante contre toute invention énergétique et révolution des pratiques. La recherche appliquée détermine le sens de l'histoire et ferme le champ des possibles qu'autorise la recherche fondamentale. On assiste à la mise au pas des chercheurs par l'industrie. Eisenhower dès 1961 mettait en garde la société américaine contre l'accroissement du complexe militaro-industriel et l'intrication de l'Université, de l'Etat et de la grande industrie. Les fonds alloués aujourd'hui à la recherche favorisent un petit nombre d'institutions dans les pays riches. En grande partie cette recherche est financée par les entreprises. Le résultat de ces monopoles est en réalité une stagnation qui se traduit superficiellement par un inertie stylistique depuis vingt ans, comme le remarquait récemment un article du courrier international. Que de différence entre les années 50 et les années 70 ou les années 70 et 90 ! Par contre, depuis ce temps, pas de bouleversement majeur. Effet d'optique, manque de recul et de clairvoyance, ou signe de ralentissement avant un grand bouleversement qui rénoverait les notions mêmes d'art, de société, d'Etat, de science ? Nous sommes dans une situation ambiguë où l'on parle en permanence de changement mais où d'immenses monopoles luttent pour leurs intérêts. Ils savent néanmoins lâcher du lest pour leur survie, comme Toyota l'avait compris en assouplissant la rigidité de son système productif et en donnant plus d'initiative à la base. Les entreprises, comme les Etats, font appelle, avec prudence, au collaboratif pour évoluer sans perdre le contrôle, pour réduire un tant soit peu, et surtout symboliquement, les inégalités, pour dynamiser une innovation en panne. Pour ne pas revenir sur les matières, les énergies et les biens produits, ni sur les hiérarchies en place, on tente de faire bouger l'immatériel, la communication, l'organisation, les services sans altérer les premiers. Mais on se doute que ce partage ne peut rester qu'artificiel. La révolution technique, amenée par l'informatique et internet, entraîne un changement d'organisation sociale qui, à terme, modifiera la structure politique. La révolution industrielle a conduit au capitalisme libéral, la révolution communicationnelle peut conduire à autre chose. On assiste aujourd'hui à une sorte d'anarco-capitalisme, oxymore qui cache derrière une apparente liberté et gratuité des modes de surveillance et de consommation plus insidieux.
Contrairement à une idée répandue, ce n'est pas nécessairement la rareté qui amène la Révolution. Des systèmes oppressifs ont perduré durablement sans que quoi que ce soit ne change. La France de 1789, comme d'ailleurs celle de 1968, était forte et peuplée. Mais en 1789, l'enrichissement de la bourgeoisie, son essor face à la noblesse et au clergé furent déterminants. Autrement dit, les révolutions arrivent, semble-t-il, avec l'émergence de nouvelles forces. Les forces ouvrières et syndicales sont nées d'une concentration urbaine des travailleurs industriels. Aujourd'hui, la crise sociale se concentre sur les banlieues et les pays pauvres, où des forces de nature conservatrice émergent. Ce qui est remarquable, c'est que les révolutions jusqu'alors étaient bien souvent progressistes. On attendait une vie meilleure de l'industrie. Aujourd'hui elles sont conservatrices. Au nom de la religion, ou de l'écologie, on demande plus de simplicité.
Platon se méfiait de l'innovation. Elle peut provoquer des réactions en chaîne épidémiques. Il redoutait même l'effet du bouleversement des modes musicaux sur les moeurs. Ce phénomène de réaction en chaîne est indiscutable. La révolution industrielle est apparue en Angleterre, grâce à l'emploi de la vapeur dans les mines, la découverte de la houille, la modernisation du tissage du coton des Indes, puis des ateliers de céramique, minoterie et brasserie, la transformation des zones industrielles en zones urbaines. Les innovations techniques atteignent également les paradigmes scientifiques. On considère généralement la technologie comme une application technique des découvertes scientifiques. Mais inversement la science naît des techniques. Pas de Galilée ou de Descartes sans horloge et téléscope, pas de Leibniz sans microscope, pas d'Einstein et de relativité sans problèmes de synchronisation des transports, sans histoires de trains ou d'ascenseurs qui ont servi d'aliment à ses expériences de pensée.

III. L'innovation collective contingente.

Nous nous trouvons à présent face à deux modèles. Dans un premier temps, nous avons peint la figure du génie qui découvre par hasard et dont les trouvailles, toujours par chance, passaient différents filtres pour se diffuser. Ce modèle laisse penser que les sociétés évoluent au gré des accidents du hasard, que certains micro- événements sont tués dans l'oeuf tandis que d'autres enflent et sont amplifiés. Une vision concurrente, consiste à affirmer que les sociétés s'acheminent vers le progrès et qu'à chaque étape tel ou tel inventeur est appelé à saisir l'occasion qui se présente. Voilà qui explique les découvertes simultanées de la relativité par Pointcarré, Einstein, Lorentz et Hilbert, du calcul intégral par Leibniz et Newton, de la gravitation par Hook et Newton, de l'évolution par Darwin et Wallace. Cette position invite à accepter comme un mal nécessaire les maux transitoires de l'évolution. Il faut accepter la sélection, comme il fallait se résoudre, dans le modèle précédent, à une aventure humaine hasardeuse. On remarque qu'à chaque fois le savant est présenté comme seul et irresponsable, comme une espèce de créateur lunaire et débonnaire à l'image d'un bon dieu de pacotille. Or nous voulons dégager une autre thèse externaliste contingente et non internaliste contingente ou externaliste déterministe. La forme du progrès n'est pas le fruit du hasard aveugle ni d'un plan préétabli. Ce qui est mis de côté dans ces modèles c'est la liberté, c'est-à-dire les conflits d'intérêts, les révoltes, la politique. La création ne se résume pas à l'histoire des poètes maudits ou des stars internationales. Il faut s'attacher à l'histoire des groupes, sans doute parfois articulés autour de figures symboliques plus ou moins charismatiques. Nous parlons aujourd'hui d'intelligence collective 2.0 comme d'une nouveauté. Mais celle-ci a toujours existé, depuis les sociétés les plus reculées. Seulement, les moyens actuels de communication on jeté un éclairage sur leur importance. Les nouvelles technologies de l'information mettent en lumière la nature du progrès. On a abordé le progrès jusque là en terme inhumain de puissance technique au lieu de saisir les enjeux de pouvoir. Nous parlons nous d'évolutions socio-techniques en ceci que le pouvoir des hommes importe autant que celui des choses. Les nouvelles technologies révèlent l'ampleur de la surveillance panoptique des institutions centrales. Mais elles montrent les possibilités de la sous-veillance catoptique décentralisées. Le cyber-espace est-il un nouveau continent à explorer ? Sans doute, mais il n'est pas sans rapport avec le terrain réel et tend surtout à éclairer les structures humaines qui étaient jusqu'alors masquées par l'organisation géographique. Dans ce face à face entre le haut et le bas, le centre et la périphérie, des ponts se tissent, des accès s'ouvrent afin de faciliter l'innovation ascendante, comme la pénétration des nouveautés. Cette ouverture participative est bien sûr une façon d'ouvrir les marchés et de garantir la paix sociale par une meilleure reconnaissance. Mais il tient à nous de profiter de cette brèche pour entraîner des ruptures plus profondes. Défendre un modèle externaliste et collectif contingent c'est encourager ce mouvement. Il se crée une communication horizontale qui décloisonne les forces qui furent affaiblies par la division, avec des possibilités d'information et d'organisation nouvelles. Ces lieux de contre-pouvoir reposent sur un partage libre de l'information et dément l'image de l'auteur jalousement replié sur ses idées en germe. Au modèle compétitif, reposant sur l'intrigue, l'opacité et le secret, le modèle coopératif garantit l'activité du groupe socio-technique. Dès lors, les inventions deviennent rapidement innovations en étant partagées, récupérées, sans être privatisées. Pour Clifford Conner, internet est un espace d'invention populaire, comme l'était l'ancien monde où les artisans des sociétés traditionnelles œuvraient à un progrès raisonné qui fut ensuite centralisé et détourné par les classes dominantes des colons et des marchands (il rappelle qu'à l'aube de l'informatique, la programmation était une préoccupation secondaire, une corvée de technicien. Elle ne fut prise au sérieux qu'à partir des années soixante). Nous voyons apparaitre sous nos yeux, dans le cadre d'internet, l'aspect psychosocial de la création. Peut-être demain cessera l'apparente diffusion par le haut et le rétablissement de l'irradiation et de la rencontre des acteurs multiples. Cela est nécessaire dans la mesure où un grand nombre de gens sur cette planète ne comprennent plus très bien le monde dans lequel ils vivent pour la simple et bonne raison qu'ils le subissent au lieu de le construire.

Raphael Edelman Juillet 2012


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