mercredi 24 octobre 2012

A METHODOLOGY FOR DESIGN AND PHILOSOPHY

I. Why using philosophy and social sciences in design ?



1) A technical device could be compare with a text of law. They have an important influence on society and mustn't be conceived without reflexion. We have to study social context and people needs.



2) Designers and philosophers are not only specialists but generalists too. They have to consider a large range of aspects : arts (with technologies) and sciences (especially social ones).



3) Technical approach consists to ask the question "how". But it is important to ask "why" too : that's the question about the meaning.



4) A technical problem is waiting for an answer. But a philosophical problematic has no answer. It's a dilemma, a paradox, that gives an axis, an orientation for reflexion.



II. How analyze a brief ?



1) You can begin by a mind mapping where you write down main notions, their definitions, synonyms, antonyms, etymologies. You can also add references in arts (fine art and craft) and sciences (sociology, anthropology, economy, law, etc.).



2) Your research, before and during the project, could be both conceptual (theory) and contextual (practice). At the contextual level, you have first a physical approach. You must understand how your object (space, product or communication) is structured and its historical aspect (where a thing come from and what will it become). Secondly, social approach consists in understanding who are the people you work for (emitter, for example the brand, and receivers of the project, that is to say users). You mustn't use only theoretical information but have to observe behaviors, asking question to people about their experience, and experiment things by your self.



3) At the conceptual level, you gather information about arts, sciences and about existing and competitors. This intelligent phase must give you some axis related to the problems which are important to resolve. After the choice of the best axis, you can analyze it philosophically and determine a problematic, with positive and negative aspects of the main notion of the project.





III. How developing the project ?



1) After and during your research, you have to create your own concepts (on a separate notebook) in the axis' direction. These concepts are hypothesis you'll have to explain through sketches and schematic models.



2) One of the concepts have to be chosen and develop very precisely, and be correctly exposed. The communication of the final development have too be very clear and persuasive.    

Raphaël Edelman


Crédit photo : http://cosmografik.fr/?p=1927

mardi 16 octobre 2012

LE JARDIN



Dans une société industrielle et urbaine comme la nôtre, la nature éveille des sentiments nostalgiques. Si l'on ne se déplace pas pour aller à sa rencontre lors de voyages, on l'aménage entre les rues sous la forme de jardins. Ce dernier jouit d'une popularité certaine pour de multiples raisons liées à notre perception de la nature. Toutefois, nous ne devons pas être dupes de l'artifice. Le jardin reste une représentation de la nature et impose ses contraintes. Nous aborderons le jardin sous un angle symbolique, spirituel et artistique mais également d'un point de vue pratique et concret.





La crise économique et le sentiment d'insécurité qui l'accompagne entraîne un retour à la valeur du foyer, perçu comme lieu protecteur. Il est également le lieu de la détente et du loisir. Jardins, balcons, terrasses et jardinets sont des parcelles de cet espace de recueillement. Le jardin est une petite forteresse contre le monde extérieur, comme le rappelle l'étymologie Gardo en ancien français qui signifie clôture. Les mots "squares", "carrés", "enclos", "parc", "réserve" rappellent également cette connotation protectrice.



Toutefois, le parc est plus étendu que le jardin. Il tend vers le paysage. A. Cauquelin distingue bien le paysage, qui s'étend là-bas vers le lointain, du jardin qui est là, sous la main (Petit raité du jardin ordinaire). La paysage est un aspect visible du territoire, qui participe de l'espace vécu, affectif, teinté parfois de nationalisme. On oppose à cela son aspect perçu dans la pratique, à travers l'aménagement technique, ou encore conçu en tant qu'objet géologique et environnemental (Henri Lefebvre, Augustin Berque). Dans un sens, le jardin est plus proche de la perception pratique, de l'usage quotidien, que le paysage qui se prête au regard contemplatif du peintre.



Toutefois il existe des peintures de jardins (Manet, Giorgone) et l'on pourrait en trouver de multiples exemples dans l'histoire de l'art occidental ou oriental. Il reste que le jardin possède un aspect de proximité, d'humanité, que n'a pas le paysage. Même le paysage urbain perd en humanité du fait de son échelle hyperbolique.



Mais le jardin, lorsqu'il n'est pas représenté par les peintre ou les cinéastes (Greenaway, Meurtre dans un jardin anglais), est lui-même une matière artistique pour les jardiniers paysagistes (Le Nôtre). On distingue différents styles. Par exemple, le jardin classique à la française, géométrique au point de ressembler à son propre plan abstrait. Le jardin anglais tentera, de manière plus romantique, de se rapprocher de la nature, intégrant une sorte d'éclectisme colonial. Quant au jardin japonais, il joue davantage avec les petites échelles, les déplacements, les perspectives tout en favorisant la méditation (A. Berque). Il faudrait encore s'intéresser à d'autres modèles, celui des jardins suspendus, de la perse, ainsi qu'au lien mimétique entre jardin et tapis en orient. D'une façon générale, le jardin tente de concentrer de manière microscopique l'échelle macroscopique.



A. Cauquelin cite une grande quantité d'artistes ayant travaillé sur le jardin, outre ceux du Land art ou des paysagistes, comme Gilles Clément et Michel Corajoud. Retenons Hamilton Finlay, Jean Pierre Aubé, Pierre Bourgault, Francine Larrivée, Smithson, Nils Udo, Daniel Paulin, Suzanne Herrigton, Robert Irwin, Bern St Denis, P.-A Gette, Bernard Lassus, etc.



La question qui se pose avec le jardin est celle de sculpter la nature, de lui donner forme. Mais ce peut-être aussi d'interroger cette nature qui se trouve à proximité. Dans la Nausée de Sartre, le narrateur Roquentin, assis sur un banc dans un jardin public, a le regard fixé sur une racine d'arbre. Il est soudain pénétré, suffoqué, du sentiment de l'existence des choses qui l'entourent. Le vernis des choses, comme les bancs, les grilles, le gazon, fond en ne laissant qu'une masse monstrueuse et molle. Cela est d'autant plus intéressant que le jardin est censé représenter l'ordre et non le chaos comme peut le faire la friche.





Nous avons vu que le jardin correspond à une représentation de la nature domestiquée sur le plan esthétique. Mais nous ne devons pas passer sous silence la dimension pratique et utilitaire du jardin, au sens large et en terme également de bien-être. Les 3/4 des français possèdent un jardin ou une terrasse (G. Mermet, Francoscopie). Les plus nombreux sont les séniors. Les motifs peuvent être le développement personnel, le ressourcement auprès de la nature, l'amélioration du cadre de vie ou le souci de faire des économies ou d'obtenir une nourriture de qualité par soi-même, indépendamment de l'industrie agro-alimentaire. Les dépenses en matière de jardinage on été multipliée par cinq en trente ans. Il s'agit de matériel, outils ou machines, de produits, de plantes, de revues, de mobiliers (siège, table, parasol, bassin, fontaine, barbecue, sculpture, poterie), etc. Avec le bricolage, le jardinage profite du développement du DIY contrastant avec le conditionnement des produits par l'industrie.



Mais le jardinage, pratiqué comme loisir et de manière oisive, ne doit pas cacher la dimension laborieuse du travail de la terre. Un jardin réclame de l'entretien. Et lorsque l'on n'est plus capable de fournir l'effort par soi-même, on recourt à des professionnels. Le jardin fait partie du confort moderne, à condition de ne pas être trop fortement contraint de s'en occuper. Dans les jardins publics, à vocation esthétique le plus souvent, le partage entre travailleurs et promeneurs est net. Cela l'est moins dans les cités-jardins, les jardins familiaux, collectifs ou ouvriers. Néanmoins, le partage des tâches rend les choses plus aisées que dans le jardin individuel.



La maintenance du jardin et son usage supposent des habitude. Les activités s'organisent en fonction du rythme de chacun et des moments. Parfois on y travaille, d'autres fois on s'y repose ou l'on y joue, en fonction du planning ou de l'âge. Le rythme des saisons est également important. En cela, le savoir-faire exigé rejoint celui de l'artisan. Le maraîcher, par exemple, connaît les rythmes naturels et l'écosystème, qu'il respecte plus ou moins dans sa pratique. On distingue bien sûr l'exploitation agricole industrielle d'une culture plus environnementale. A ce sujet, la notion de biotope est importante. Il s'agit de l'équilibre en un lieu entre les espèces vivantes, les végétaux, plantes et fleurs, aussi bien que les insectes et les animaux.





Nous avons montré ce qui caractérise le jardin dans son esthétique de la proximité, contrairement au paysage. Son aspect rassurant, en tant qu'il possède une échelle humaine, ne doit pas faire oublier sa dimension artificielle. Celle-ci est le fruit d'un travail qui déborde souvent le simple amateurisme. Ainsi la dimension symbolique du jardin, aussi bien ancienne que moderne, doit être étudiée tout autant que sa dimension technique. Au fond, le jardin est un lieu capable d'articuler le savoir (jardin botanique), le savoir-vivre et le savoir faire.

Raphaël Edelman







jeudi 4 octobre 2012

L'ESCALIER



            L'escalier est un moyen de traverser l'espace selon la hauteur. D'une certaine façon, il est, avec l'échelle, le principe du mouvement vertical chez l'homme qui, en général, mène une existence horizontale, n'ayant pas comme les poissons, les oiseaux ou les vers, les moyens naturels de traverser l'espace de haut en bas et de bas en haut.
            L'escalier est un don fait à l'homme par le génie de la technique pour augmenter sa mobilité sous terre et dans les airs. De manière figurée, il permet l'élévation, la sortie d'une condition terre à terre, pour se hisser vers la transcendance de la religion, de la morale, de l'art ou de la science. Cependant, le modèle hiérarchique (hieros signifie sacré en grec) des échelons correspond à l'institution d'une domination du supérieur sur l'inférieur. L'homme, une fois entré dans la logique de la verticalité, découvre les rapports sociaux verticaux, l'obéissance aux instances supérieures, avec la soumission et l'abandon de sa liberté voire de son bonheur.

            I. Un moyen ascensionnel
            Skala en grec et scala en latin signifient l'échelle, qui est sans doute le modèle schématique de l'escalier. L'échelle ajoute au déplacement horizontal, la translation verticale. Les deux directions sont combinables, lorsque l'échelle est placée sur un chariot qui permet de dédoubler l'axe de déplacement (cf. Encyclopédie Diderot et d'Alembert). Le camion de pompier semble emprunter aux méthodes stratégiques du siège militaire. Ironiquement, le sauvetage s'inspire des techniques de la guerre.
            L'escalette était au XVIIIe un peigne. Les dents forme des degrés, comme sur un  mètre (ibid.). Apparaît ici l'idée du rythme, de mesure, des pas que l'on marque.
           L'échelle de meunier est simple et n'a pas de contremarches. Ce sont des montants avec des barreaux transversaux. L'escalier rudimentaire est en quelque sorte une échelle-armoire. On peut avoir ensuite une ou plusieurs rampes, des jeux de forme divers, courbes (colimaçon) ou droits (angles). La matière utilisée est variable : du bois, du fer, de la pierre, et l'on peut intégrer des ornements, des statues, des tableaux, des tapis, surtout à l'intérieur, dans la cage d'escalier. Mais dans ce cas l'escalier est difficile à éclairer et produit des ombres (ibid.).
            L'escalier, que l'on trouve principalement dans la maison, se retrouve aussi dans le paysage, avec les jardins en terrasse, les étagements, de la vallée vers la montagne. L'escale désigne un lieu de repos. On y pose l'échelle pour débarquer dans les ports. C'est un arrêt, un relâchement. De même, on peut souffler dans l'escalier, en s'arrêtant sur une marche. L'effort de mouvement (de haut en bas) est allié au repos sur la marche (avant-arrière). L'ascenseur lui est une marche qui monte toute seule. Il est reposant. C'est aussi un lieu d'arrêt, de halte. Les escalier mécaniques, roulants, les escalators se situent entre l'ascenseur et l'escalier.
            L'escalier est aussi une épreuve, celle de l'ascension, de la conquête. L'escalier de notre enfance, si difficile à dompter, détermine notre expérience future qui s'appuie sur nos premières habitudes, notre savoir habiter. "La maison est un groupe d'habitudes organiques. A vingt ans d'intervalle, malgré tous les escaliers anonymes, nous retrouverions les réflexes du premier escalier. Nous ne buterions pas sur telle marche un peu haute" (Bachelard, Poétique de L'espace).


            II. Les rapports de domination
            L'apprentissage parfois difficile de l'ascension d'un escalier s'accompagne de la découverte des hiérarchies. Et peut-être de celle des premières luttes. « Escalader » signifier s'emparer d'une ville  à l'époque de Diderot et d'Alembert. On peut comparer l'escalade à un exercice, une mise au pas, une discipline. L'escalier est aussi un lieu de soumission. On peut citer comme exemple L'escalier saint (scala santa) de Ponce Pilate, déplacé de Jérusalem à Rome, pour que les fidèles puissent le gravir à genou.
            L'escaler a donc des niveaux, des échelons, des degrés, qui forment une gamme, une hiérarchie, des dégradés, des valeurs, des grandeurs. Pensons à l'échelle sociale, celle des salaires ou même des êtres dans la biologie et ses dérives sexistes ou racistes. En outre, échelonner une dette, c'est la distribuer dans le temps, la diviser. La dette n'est-elle pas ici une forme de soumission au temps ?
            Les hiérarchies sociales se lisent dans les escaliers, qui sont larges ou étroits, escaliers d'honneur ou de service, de secours. Mais ce n'est pas seulement le social et le physique qui se trouvent pensés de manière scalaire. La métaphysique, qui place l'unité de la forme au dessus de la diversité matérielle, n'y échappe pas.
La matière singulière, en progressant, s'individue et forme un tout, le résultat, qui est le principe téléologique et la raison d'être des parties (Simondon, Individuation psychique et collective). Le préindividuel est atomisé mais reste potentiel, métastasable, pour un être phasé, prendre forme, se hisser.  "Il y a éthique dans la mesure où il y a information, c'est à dire signification surmontant une disparation d'éléments d'êtres" (ibid.).
            Bachelard relève explicitement dans la maison une dimension métaphysique et sacrée : "On peut opposer la rationalité du toit à l'irrationalité de la cave. Le toit dit tout de suite sa raison d'être. Il met à couvert l'homme qui craint la pluie et le soleil... Vers le toit toutes les pensées sont claires. Dans le grenier on voit à nu, avec plaisir, la forte ossature des charpentes. On participe à la solide géométrie du charpentier. La cave est l'être obscur de la maison, l'être qui participe aux puissances souterraines. En y rêvant, on s'accorde à l'irrationalité des profondeurs" (Poétique de L'espace).
            L'Anthropologie de l'espace, de F. Paul Levy et M. Ségaud, recèle une multitude d'exemples de domination à la fois sociales et religieuses dans les sociétés traditionnelles. Dans la maison japonaise, le passage de la zone en terre battue au plancher est marqué par un emmarchement qui souligne la hiérarchie : tout déplacement est montée et descente. Se déchausser accentue l'effet de gradation.
            Mircea Eliade a étudié le rôle joué par la Montagne sacrée dans de nombreuses civilisations. Elle est la résidence des ancêtres à Madagascar. C'est de la montagne que descendent les dieux sur terre. Les hiérarchies sociales se dessinent sur les pentes au Népal, avec les brahmanes au sommet, lieu pur, et les pêcheurs de la côte en bas, lieu impur. En Roumanie, la montagne est lieu de fête. Elle accueille les chapelles. Pour les chrétiens, le Golgotha fut le centre du monde. Jérusalem et Sion ne sont pas engloutis par le déluge dans la Thora (voir aussi l'échelle de Jacob). On retrouve une division courante entre l'eau du bas (marécages, humidité des caves) et le feu solaire à la cime. Le bas de la maison Kabyle est rattaché à l'humide. Bourdieu rappelle que adaynin, l'étable, vient de ada, qui signifie bas. Est-ce un hasard si Jésus naît dans une étable et meurt au sommet du Golgotha ? Cette répartition s'accompagne d'une nuance sexuelle. Par exemple, les hommes se lavent en amont des femmes dans le fleuve chez les Lao.
            Pour finir il faudrait s'interroger sur quelques curiosités. Par exemple, la structure inversée dans le labyrinthe crétois. Le centre du labyrinthe est un trou, comme le sommet d'une pyramide inversée (Le Louvre). Ou encore l'hélice de l'escalier de la tour de Babel symbolisant un montée sans fin.

            L'escalier est donc à la fois un moyen et un symbole d'ascension physique et spirituelle. L'enfant apprend à se hisser jusqu'à ses parents et à utiliser ses outils (escaliers, chaises, véhicules) pour lui-même devenir adulte. L'humanité elle-même semble ressentir le besoin de se hisser vers les cieux et d'affirmer sa grandeur. Ce furent hier les cathédrales et aujourd'hui les gratte-ciels où l'ascenseur a remplacé l'escalier. Cette attirance vers le haut est sans doute une aspiration au pouvoir,  lequel se caractérise par un œil dominateur, capable de tout saisir d'en haut. Nos modèles de surveillance (panoptique) reposent de même sur cette capacité de tout voir en surplomb (mirador, caméra, etc.). Contre cette aspiration à la hiérarchie, on peut revendiquer moins de verticalité et plus de rapports horizontaux, de transversalité. C'est une forme d'humilité ou encore d'autogestion, symbolisée par la forme du rhizome qui glisse sur le sol à la différence de l'arbre qui s'étire en hauteur (Deleuze et Guattari, Mille Plateaux).

Raphael Edelman 

Crédit photo : http://www.belcaire-pyrenees.com/100-index.html